Les contenus d'Additif Alimentaire Info sont fournis à titre informatif et éducatif. Ils ne constituent pas un avis médical ou diététique. En cas d'allergie, d'intolérance ou de pathologie alimentaire, consultez votre médecin ou diététicien avant toute modification de votre alimentation.
Sources de référence : EFSA, ANSES, Règlement CE n°1333/2008 sur les additifs alimentaires.
Contenu rédigé à titre informatif. Ce texte ne constitue pas un avis médical. En cas de doute sur les effets d’un additif sur la santé de votre enfant, consultez un médecin ou un diététicien.
L’étude de Southampton : quand la science a contraint Bruxelles à agir
En septembre 2007, une équipe de chercheurs de l’université de Southampton publie dans The Lancet une étude randomisée en double aveugle, depuis connue sous le nom d’étude McCann. Protocole rigoureux : 153 enfants de 3 ans et 144 enfants de 8-9 ans reçoivent, à leur insu, soit un jus de fruit contenant un mélange de six colorants artificiels et du benzoate de sodium (E211), soit un placebo. Résultat : les deux groupes d’âge présentent une hausse mesurable des comportements hyperactifs avec le mélange actif, y compris chez des enfants sans diagnostic de TDAH.
Ce point est décisif. L’effet n’est pas limité aux enfants déjà diagnostiqués ; il touche la population générale pédiatrique. L’étude ne prouve pas qu’un colorant pris isolément provoque un TDAH, mais elle établit un signal comportemental reproductible pour le mélange testé.
L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a examiné ces données et confirmé en 2008 qu’elle ne pouvait pas exclure un effet sur l’hyperactivité, tout en soulignant l’absence de preuve causale définitive pour chaque colorant individuellement (avis EFSA 2008, journal 660). La Commission européenne a choisi la précaution : dès 2010, un avertissement obligatoire s’applique sur tous les produits contenant l’un de ces six colorants.
L’avertissement obligatoire en vigueur dans l’UE depuis 2010
Le règlement (CE) n° 1333/2008 relatif aux additifs alimentaires, complété par les dispositions de son annexe V, impose depuis juillet 2010 la mention suivante sur tout produit contenant l’un des six colorants de Southampton :
peut avoir des effets indésirables sur l’activité et l’attention chez les enfants
Cette obligation s’applique à l’ensemble des 27 États membres. Un fabricant qui omet cette mention sur son étiquetage enfreint le droit communautaire. En pratique, on la trouve sur les boissons sucrées colorées, certaines confiseries, les bonbons industriels et quelques sauces ou condiments.
Les 6 colorants de Southampton : profil par profil
E102, Tartrazine
Colorant azoïque jaune-citron, la tartrazine est l’un des colorants synthétiques les plus répandus dans les boissons, les bonbons et certaines moutardes. Sa dose journalière admissible (DJA) fixée par l’EFSA est de 7,5 mg/kg de poids corporel/jour, un seuil que des études de consommation suggèrent facilement atteint chez les petits enfants grands consommateurs de sodas colorés. L’EFSA a maintenu cette DJA lors de sa réévaluation du programme colorants (communiqué EFSA novembre 2009).
E104, Jaune de quinoléine
Dérivé de la quinoléine, ce colorant jaune-verdâtre entre dans la composition de boissons énergisantes, de certaines charcuteries et de nombreux aliments transformés. Sa DJA a été abaissée de 10 mg/kg/j à 0,5 mg/kg/j par l’EFSA en 2009, soit une division par vingt, après réévaluation des données toxicologiques disponibles. C’est la baisse la plus spectaculaire parmi les six colorants de Southampton.
E110, Jaune orangé S (Sunset Yellow)
Colorant azoïque orange-rougeâtre présent dans de nombreux sodas, confiseries et mélanges de fruits secs sucrés. L’EFSA a ramené sa DJA de 2,25 mg/kg/j à 1 mg/kg/j en 2009 (EFSA, novembre 2009). Des réactions croisées avec l’aspirine ont été documentées chez les personnes hypersensibles.
E122, Azorubine (Carmoisine)
Ce colorant rouge-bordeaux est couramment utilisé dans les gelées, les bonbons à la framboise, les boissons aux fruits rouges et certains produits laitiers aromatisés. Sa DJA est fixée à 4 mg/kg/j, un niveau maintenu par l’EFSA lors de sa réévaluation. L’azorubine est interdite dans plusieurs pays hors UE, notamment en Australie et en Nouvelle-Zélande.
E124, Ponceau 4R
Colorant azoïque rouge cerise utilisé dans les charcuteries industrielles, les boissons aux cerises et les desserts. L’EFSA a abaissé sa DJA de 4 mg/kg/j à 0,7 mg/kg/j en 2009. Interdit aux États-Unis depuis plusieurs décennies, il reste autorisé dans l’UE sous réserve de l’avertissement obligatoire. Son usage recule chez les fabricants qui anticipent un resserrement réglementaire.
E129, Rouge Allura AC
Colorant rouge vif omniprésent dans les bonbons, les sauces piquantes, les boissons gazeuses et la confiserie industrielle. Sa DJA de 7 mg/kg/j a été maintenue par l’EFSA. Le Rouge Allura est autorisé aux États-Unis sous l’appellation Red 40, sans l’avertissement européen, ce qui alimente les comparaisons transatlantiques sur la politique de précaution alimentaire.
Que dit la science au-delà de l’étude de Southampton ?
L’étude McCann de 2007 a déclenché une vague de travaux complémentaires. Plusieurs méta-analyses publiées entre 2010 et 2020 confirment une association entre consommation d’additifs alimentaires et comportements hyperactifs mesurés, sans établir de causalité univoque par colorant isolé. La complexité des mécanismes, effets de mélange, interactions avec la microbiote intestinale et sensibilités individuelles liées à des variants génétiques du métabolisme, explique pourquoi l’EFSA maintient une position de prudence sans prononcer d’interdiction générale.
En France, l’ANSES aligne sa position sur celle de l’EFSA : pas d’interdiction nationale propre pour ces six colorants, mais suivi du cadre européen et recommandation de réduire l’exposition chez les enfants sensibles. Le seul colorant alimentaire interdit spécifiquement en France depuis 2020 est le dioxyde de titane E171, pour des raisons distinctes liées aux nanoparticules.
Reconnaître ces colorants sur les étiquettes
Les six colorants de Southampton doivent figurer obligatoirement sur les étiquettes avec leur code E ou leur nom complet :
- E102 ou tartrazine
- E104 ou jaune de quinoléine
- E110 ou jaune orangé S (Sunset Yellow)
- E122 ou azorubine / carmoisine
- E124 ou ponceau 4R
- E129 ou rouge allura AC
La présence de l’un de ces codes, suivie de la mention légale sur l’hyperactivité, confirme l’application du règlement UE. Les produits les plus souvent concernés : sodas colorés, bonbons durs et gélifiés, céréales sucrées colorées, certains yaourts aromatisés industriels, charcuteries de couleur vive, sauces et condiments industriels.
Que faire en pratique ?
Les sociétés savantes de pédiatrie ne prescrivent pas d’éviction systématique pour tous les enfants. Les recommandations de précaution s’adressent prioritairement aux familles d’enfants avec TDAH avéré ou avec une hypersensibilité identifiée à ces colorants. Pour les autres, réduire la consommation globale d’aliments ultra-transformés, qui concentrent l’essentiel de l’exposition, reste la stratégie la plus efficace.
Pour approfondir votre compréhension du cadre réglementaire global, consultez notre guide complet des colorants alimentaires E100–E199 ou notre dossier de référence Additifs alimentaires : guide complet 2026.
Lire aussi : Additifs et intolérances : sulfites, benzoates, glutamate et tartrazine.
Sources principales :
, McCann D. et al., Food additives and hyperactive behaviour in 3-year-old and 8/9-year-old children, The Lancet, 370(9598):1560-1567, 2007.
, EFSA, avis scientifique sur les colorants alimentaires et l’hyperactivité, 2008.
, EFSA, communiqué de presse réévaluation des colorants alimentaires, novembre 2009.
, Règlement (CE) n° 1333/2008 relatif aux additifs alimentaires, EUR-Lex 32008R1333.
, FranceAgriMer, Note additifs et colorants, mise à jour août 2024.
Sandra Marechal est rédactrice spécialisée dans la sécurité sanitaire et la nutrition, en charge du décryptage des additifs alimentaires et des E-numbers sur additif-alimentaire.info. Elle lit la réglementation européenne (règlement CE n°1333/2008), suit les avis d’évaluation des risques publiés par l’EFSA et l’ANSES, et traduit les données toxicologiques en repères concrets pour les consommateurs.
Sur chaque additif (colorants, conservateurs, édulcorants, exhausteurs, émulsifiants), elle distingue clairement le danger du risque, rappelle la dose journalière admissible (DJA) quand elle existe, et précise les usages autorisés ainsi que les populations sensibles concernées. Son approche est factuelle et sourcée : elle s’appuie en priorité sur les réévaluations officielles de l’EFSA et de l’ANSES plutôt que sur les controverses médiatiques.
Son objectif : aider chacun à mieux lire les étiquettes (étiquetage INCO, classification NOVA des produits ultra-transformés) et à choisir en connaissance de cause, sans alarmisme ni promesse santé. Les contenus publiés ont une vocation informative et ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé.