Les contenus d'Additif Alimentaire Info sont fournis à titre informatif et éducatif. Ils ne constituent pas un avis médical ou diététique. En cas d'allergie, d'intolérance ou de pathologie alimentaire, consultez votre médecin ou diététicien avant toute modification de votre alimentation.
Sources de référence : EFSA, ANSES, Règlement CE n°1333/2008 sur les additifs alimentaires.
0,6 picogramme. C’est tout ce qui sépare désormais l’Europe de la limite
L’EFSA a rendu son avis le 10 juin 2026. L’exposition alimentaire aux dioxines et aux PCB de type dioxine reste préoccupante sur l’ensemble du continent. Le nouvel indicateur de sécurité, le TWI, pour Tolerable Weekly Intake, a été ramené à 0,6 picogramme TEQ par kilogramme de poids corporel et par semaine.
Soit trois fois moins que le seuil fixé en 2018, qui était de 2 pg TEQ/kg/semaine.
Je l’avoue, ce chiffre m’a fait tiquer. Un picogramme, c’est un milliardième de gramme. On parle de quantités que l’œil ne saurait même pas concevoir.
Et pourtant, l’agence estime avec une quasi-certitude, entre 99 et 100 %, que l’exposition moyenne des adultes adultes dépasse ce plafond. Là où ça coince, c’est que cette marge d’erreur quasi nulle ne laisse aucune place au doute statistique : le problème n’est pas marginal, il est structurel.
Des femmes en âge de procréer particulièrement exposées
L’avis porte un regard spécifique sur les femmes en âge de procréer. Pour elles, la probabilité que l’exposition alimentaire soit préoccupante pour les futurs fils se situe entre 80 et 90 %. L’effet critique identifié par l’évaluation touche à la reproduction masculine : réduction de la production et de la concentration de spermatozoïdes.
Un lien que vous n’attendiez peut-être pas en lisant l’étiquette d’un filet de saumon.
Leur exposition relative, rapportée au poids corporel, dépasse celle des adultes. L’EFSA table sur une fourchette moyenne pour les adultes de 1,9 à 6,1 pg TEQ/kg/semaine. Pour les grands consommateurs, ceux situés au 95e percentile, l’estimation grimpe à 4,2, 12 pg TEQ/kg/semaine.
Vous faites le calcul : même le seuil le plus bas des grands consommateurs dépasse le nouveau TWI par un facteur de sept.
Pourquoi les chiffres ont-ils soudainement grimpé ?
Le resserrement du seuil n’explique pas tout. L’EFSA a intégré les nouveaux facteurs d’équivalence toxique (TEF) révisés par l’OMS en 2022, qui remplacent ceux de 2005. Seulement voilà : cette mise à jour scientifique devrait, à elle seule, réduire l’exposition estimée de 27 à 35 %.
Même après cette correction, les Européens restent au-dessus de la limite. L’effet de seuil plus strict masque en réalité une constance inquiétante de la contamination.
Les dioxines et les PCB de type dioxine ne sont pas ajoutés intentionnellement aux aliments. Ce sont des sous-produits de processus industriels et d’incinération de déchets. Ils se retrouvent dans la chaîne alimentaire par contamination environnementale, principalement via les graisses animales.
L’EFSA pointe quatre catégories dominantes : poissons gras, autres poissons, viande et produits carnés, produits laitiers riches en matières grasses. Si vous consommez régulièrement ces aliments, et peu d’Européens y échappent, vous êtes concerné.
Trois recommandations qui trahissent des lacunes
L’avis, sollicité par la Commission européenne, contient une triple recommandation qui mérite qu’on s’y arrête. L’EFSA demande d’abord le développement de TEF plus pertinents pour l’humain, ce qui suggère que les facteurs actuels, même révisés par l’OMS, restent des approximations. Elle appelle ensuite à l’amélioration des modèles toxicocinétiques humains.
Enfin, elle réclame plus de données sur les niveaux de contamination dans les aliments d’origine végétale, ainsi que dans le lait maternel et le sang.
Ces trois points convergent vers un constat embarrassant : on mesure mal, on modélise mal, on sait peu. La législation européenne fixe déjà des niveaux maximaux pour ces contaminants. Mais l’EFSA souligne des zones d’ombre qui pourraient révéler une exposition sous-estimée, notamment chez les nourrissons allaités.
Le lait maternel, pourtant recommandé comme norme nutritionnelle, constitue une voie d’exposition que les données actuelles ne quantifient pas assez.
Que change cet avis dans votre assiette ?
À court terme, probablement peu. L’avis définitif ne déclenche pas de retrait immédiat, n’interdit aucun produit. Il resserre un repère toxicologique et expose un écart persistant entre ce que l’Europe tolère et ce qu’elle ingère.
La question qui se pose, et l’EFSA ne la tranche pas, est celle de la hiérarchie des risques. Bannir les poissons gras et les produits laitiers riches en matières grasses réduirait l’exposition aux dioxines. Mais il priverait aussi les consommateurs d’acides gras oméga-3 et de nutriments essentiels.
L’agence ne dit pas quoi choisir. Elle dit : le seuil est dépassé, la certitude est élevée, les modèles doivent s’améliorer. À vous de décider, devant le rayon, si vous retenez le risque chimique ou le risque nutritionnel.
Moi, je trouve que cette posture de l’EFSA est honnête, mais elle laisse le consommateur seul avec une addition qui ne se solde pas.
Sandra Marechal est rédactrice spécialisée dans la sécurité sanitaire et la nutrition, en charge du décryptage des additifs alimentaires et des E-numbers sur additif-alimentaire.info. Elle lit la réglementation européenne (règlement CE n°1333/2008), suit les avis d’évaluation des risques publiés par l’EFSA et l’ANSES, et traduit les données toxicologiques en repères concrets pour les consommateurs.
Sur chaque additif (colorants, conservateurs, édulcorants, exhausteurs, émulsifiants), elle distingue clairement le danger du risque, rappelle la dose journalière admissible (DJA) quand elle existe, et précise les usages autorisés ainsi que les populations sensibles concernées. Son approche est factuelle et sourcée : elle s’appuie en priorité sur les réévaluations officielles de l’EFSA et de l’ANSES plutôt que sur les controverses médiatiques.
Son objectif : aider chacun à mieux lire les étiquettes (étiquetage INCO, classification NOVA des produits ultra-transformés) et à choisir en connaissance de cause, sans alarmisme ni promesse santé. Les contenus publiés ont une vocation informative et ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé.